Chauffer un entrepôt logistique c'est faire face à un paradoxe : d’un côté des bâtiments immenses, difficiles à maintenir en température, et de l’autre des obligations réglementaires de plus en plus strictes à respecter. Bonne nouvelle : des solutions décarbonées existent et permettent d’atteindre les objectifs environnementaux à un coût réduit grâce aux Certificats d'économie d’énergie. On vous explique tout.
• Le chauffage est l'un des postes principaux de dépenses énergétiques pour les plateformes logistiques et autres entreprises du secteur tertiaire
• Des solutions décarbonées existent et sont adaptées pour les spécificités des entrepôts : réseaux de chaleur, géothermie, pompes à chaleur, solaire thermique, récupération de chaleur fatale...
• Le dispositif des CEE (et notamment le Coup de Pouce chauffage) permet de financer une part significative des travaux
Les enjeux du chauffage pour les plateformes logistiques
Le chauffage représente un poste important de consommation énergétique, et donc de dépenses, pour les plateformes logistiques. Une réalité amplifiée par la flambée des prix de l'énergie des dernières années, qui a mis sous tension les budgets d'exploitation de nombreux acteurs du secteur.
Mais au-delà du coût, c'est la nature même des bâtiments logistiques qui rend le chauffage difficile à maîtriser.
Des plafonds très hauts
Dans un entrepôt standard, les hauteurs sous plafond atteignent couramment 8 à 12 mètres. La chaleur, qui monte naturellement, s'accumule en hauteur, loin des zones de travail. Ce phénomène de stratification thermique génère inévitablement des surconsommations importantes.
Des besoins en chauffage hétérogènes
Les entrepôts logistiques ne sont pas des espaces uniformes. Au contraire, ils comportent généralement plusieurs zones (quais d'expédition, zones de picking, bureaux), qui n'ont pas les mêmes besoins en chaleur. Les zones bien isolées conservent l'énergie plus longtemps, alors que d'autres, comme les halls de réception, réclament un apport thermique bien plus important.
Une isolation souvent déficiente
Aujourd’hui en France, une part importante des entrepôts présentent des déficiences d'isolation. Les parois, toitures et planchers de nombreuses installations ne permettent pas une bonne efficacité énergétique, ce qui entraîne un lourd impact sur la facture.
Des entrées et sorties permanentes qui favorisent les pertes de chaleur
Quais de chargement, portes sectionnelles, accès piétons… les flux de marchandises et de personnes circulant dans l’entrepôt créent des appels d'air permanents, qui provoquent à leur tour des déperditions thermiques considérables.
C’est la surface totale d’entrepôts en France, d’après l’organisation France Logistique.
Comment chauffer un entrepôt logistique : les solutions décarbonées
Le Décret Éco-Énergie Tertiaire, plus connu sous le nom de Décret Tertiaire, oblige aujourd’hui les propriétaires et les locataires d'entrepôts de plus de 1 000 m² à déclarer leurs consommations énergétiques, et à engager des actions pour atteindre des objectifs de réduction ambitieux (40 % de réduction d’ici 2030, 50 % d’ici 2040, 60 % d’ici 2050).
Lorsqu'on se pose la question du mode de chauffage pour un entrepôt, il est donc important de prendre en compte la notion d’efficacité énergétique des appareils. Bonne nouvelle : il existe plusieurs sources de chauffage décarboné adaptées aux plateformes logistiques.
Les réseaux de chaleur urbains (RCU)
Un réseau de chaleur fonctionne grâce à une unité de production centrale qui produit de la chaleur et la distribue à des bâtiments situés à proximité, via un réseau de canalisations. La chaleur est souvent générée à partir d'énergies renouvelables ou de récupération : biomasse, géothermie, chaleur fatale industrielle, UVE, etc.
Ainsi, si l’entrepôt est situé à proximité d'un RCU existant, c'est souvent la solution la plus simple à mettre en œuvre. Cela permet aussi de s'affranchir de la volatilité des prix des énergies fossiles ou de l’électricité, les tarifs des réseaux de chaleur étant plus stables dans le temps.

La géothermie
La géothermie exploite les calories naturellement présentes dans le sol ou les nappes phréatiques, pour produire de la chaleur (et du froid) de façon renouvelable.
Dans le cas d'un entrepôt, la géothermie de surface est la solution la plus fréquemment retenue. Elle consiste à puiser la chaleur contenue dans le sol grâce à des sondes verticales ou des capteurs horizontaux, couplés à une pompe à chaleur géothermique. Cette technologie présente d'excellentes performances énergétiques et un très bon rendement.
Les pompes à chaleur aérothermiques
Les pompes à chaleur aérothermiques (PAC air/air ou air/eau) constituent aussi une alternative pertinente pour chauffer un entrepôt. Ces systèmes puisent les calories dans l'air extérieur pour réchauffer l’intérieur du bâtiment. Elles fonctionnent à l’électricité, ou dans de rares cas au gaz naturel (pompes à chaleur à absorption).
Moins performantes que les PAC géothermiques lors de grands froids, elles restent néanmoins adaptées aux besoins des entrepôts logistiques. Des solutions hybrides, associant une PAC à une chaudière d'appoint, peuvent aussi permettre de sécuriser l'alimentation en chaleur lors des pointes de froid.
Le solaire thermique
Ici, des panneaux solaires thermiques sont installés en toiture, (une ressource abondante sur les vastes surfaces de couverture des entrepôts). Ils servent à convertir le rayonnement solaire en énergie calorifique, via un fluide caloporteur. La chaleur récupérée est ensuite stockée par le biais de ballons d’eau chaude, avant d’être injectée dans un circuit de chauffage (ou d’eau chaude sanitaire).
À noter que cette technologie s'intègre généralement en complément d'une autre solution de chauffage principal.
La récupération de chaleur fatale
Souvent sous-exploitée, la chaleur fatale désigne la chaleur résiduelle produite par des procédés industriels ou certains équipements. Dans le contexte d'un entrepôt logistique, deux sources sont particulièrement intéressantes :
- La chaleur fatale récupérée sur les procédés industriels : si le bâtiment est attenant à un site industriel, la chaleur rejetée par ce dernier peut tout à fait être captée et valorisée pour chauffer l’entrepôt.
- La chaleur fatale récupérée sur les groupes froids : les entrepôts comportant des zones de stockage réfrigérées rejettent en permanence de la chaleur via leurs condenseurs. Cette chaleur peut alors être récupérée et utilisée comme source de chauffage pour l’entrepôt.
L’importance de la rénovation énergétique pour les entrepôts
Changer de système de chauffage est une démarche nécessaire pour optimiser la performance énergétique d'un entrepôt. Malheureusement, cela ne suffit pas lorsque le bâtiment est une passoire thermique. Autrement dit, un système de chauffage performant installé dans une enveloppe mal isolée restera énergivore et coûteux à exploiter.
La rénovation de l'enveloppe du bâtiment (isolation de la toiture, des murs, des planchers bas, remplacement des menuiseries et des portes industrielles) est donc indissociable de l'optimisation du chauffage. Il en va de même pour les systèmes de ventilation, qui doivent faciliter le renouvellement de l'air tout en limitant les déperditions thermiques.
En 2020, 95 % des entrepôts et plateformes logistiques étaient des bâtiments anciens, et un grand nombre était considéré comme des passoires énergétiques.
Le Décret Tertiaire rappelle d'ailleurs que l'atteinte des objectifs de réduction des consommations repose sur une combinaison d'actions : travaux sur l'enveloppe, modernisation des systèmes techniques, et évolution des usages.
Le conseil de notre bureau d’études Akéa Énergies : l’efficacité énergétique doit être étudiée dans son ensemble. Tout projet de rénovation doit donc démarrer par un diagnostic technique approfondi, qui permettra d’identifier les actions prioritaires.
Un financement grâce aux Certificats d’économie d’énergie
Les Certificats d'Économie d'Énergie (CEE) constituent le principal mécanisme de financement des travaux de performance énergétique dans le secteur tertiaire. Le principe : une prime vous est versée lorsque vous réalisez certains travaux d’efficacité énergétique. Les travaux éligibles sont encadrés par des “fiches d’opérations standardisées”, précisant les conditions d’éligibilité et le montant de la prime.
Pour le chauffage des entrepôts logistiques, plusieurs fiches sont directement mobilisables, à savoir :
- Raccordement d'un bâtiment tertiaire à un réseau de chaleur (BAT-TH-127)
- Mise en place d’un système géothermique (BAT-TH-162)
- Installation d’une pompe à chaleur de type eau/eau ou eau glycolée/eau (BAT-TH-164)
- Installation d’une pompe à chaleur de type air/eau (BAT-TH-163)
Des bonifications significatives avec le Coup de Pouce chauffage
Toujours dans le cadre du dispositif des CEE, l’Etat a instauré le Coup de Pouce Chauffage des bâtiments résidentiels collectifs et tertiaires, une bonification de certaines primes CEE destinée à accélérer la sortie des énergies fossiles dans les bâtiments tertiaires.
Concrètement, le Coup de Pouce permet de multiplier jusqu'à 5 fois le montant des aides CEE classiques, dans le cadre d’un remplacement d’équipements de chauffage fonctionnant au charbon, au fioul ou au gaz, par des solutions décarbonées.
Lorsque cela est techniquement et économiquement réalisable, la priorité est donnée au raccordement à un réseau de chaleur alimenté majoritairement par des énergies renouvelables ou de récupération (EnR&R). Si cela n’est pas possible, l’aide permet alors de soutenir l’installation d’autres types de chauffages performants (géothermie notamment).
Exemple de bonification : l’installation d’un système géothermique en remplacement d’une chaudière gaz permet de multiplier par 5 le montant de la prime allouée au projet (par 3 ou 4 pour l’installation d’une PAC).
Rénovation globale des bâtiments tertiaires
Bonne nouvelle pour les exploitants de plateformes logistiques : une nouvelle fiche CEE dédiée à la rénovation globale des bâtiments tertiaires est actuellement en cours d'élaboration.
Elle permettra de regrouper plusieurs travaux de rénovation en une seule demande, avec à la clé une prime bonifiée supérieure à la simple addition des aides individuelles.
Pour en savoir plus sur cette fiche, rendez-vous sur notre article dédié : Bâtiments tertiaires : vers une prime CEE dédiée à la rénovation globale