L’Accord de Paris vise à maintenir le réchauffement climatique bien en dessous des 2 °C et à atteindre la neutralité carbone mondiale avant 2100. Mais comment contribuer à ces cibles au niveau d’une entreprise ou encore d’une collectivité territoriale ? La réponse se trouve dans la définition d’une trajectoire bas carbone adaptée au profil de son organisation. Découvrez comment créer son propre échéancier de réduction des émissions et atteindre ses objectifs de décarbonation.
Qu’est-ce qu’une trajectoire bas carbone ?
Une trajectoire bas carbone est une projection du rythme de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre (GES) sur une période déterminée. Il s’agit donc d’un outil de planification utilisé pour atteindre un objectif de décarbonation chiffré et daté. En général, une trajectoire bas carbone peut viser une cible à court terme (5 à 10 ans) ou à long terme (horizon 2050).
Une telle projection de réduction des émissions peut être créée à différentes échelles. Au niveau international, les rapports du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) proposent des trajectoires d’évolution des émissions mondiales selon différents scénarios. Chaque partie signataire de l’Accord de Paris, comme l’Union européenne, a également créé une trajectoire bas carbone au niveau de son territoire.
En France, c’est la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) qui établit le rythme de réduction des émissions nationales auquel le pays s’engage. Les organisations (entreprises, collectivités, associations) créent elles aussi des trajectoires de transition en vue de réduire leur bilan carbone annuel.
Il s’agit du budget carbone annuel de la France (hors puits de carbone) envisagé par le projet SNBC-3 pour la période 2024-2028. La SNBC-3 doit être adoptée au printemps 2026 et ainsi remplacer la SNBC-2, actuellement en vigueur.
Pourquoi définir une trajectoire bas carbone ?
Définir une trajectoire bas carbone est le meilleur moyen de contribuer efficacement à la transition écologique et à l’objectif de neutralité carbone mondiale à son niveau. Chaque partie signataire de l’Accord de Paris a l’obligation de soumettre un plan d’action climatique (NDC) couvrant une période de 5 ans. Le texte encourage également les pays à créer des stratégies bas-carbone à horizon 2050 (LT-LEDS). La France a notamment choisi de réaliser ce travail complémentaire, et a donc dessiné une trajectoire bas carbone de long terme.
Au niveau des organisations, la création d’une trajectoire de décarbonation peut être motivée par :
- une obligation réglementaire, par exemple dans le cadre du rapport de durabilité de la directive CSRD ;
- une démarche volontaire de l’organisation de réduire ses émissions et de participer à la transition écologique ;
- une demande des investisseurs ou des clients.
Plus largement, définir une trajectoire de décarbonation et s’y tenir offre de nombreux avantages pour une entreprise ou toute autre organisation. Cette suite logique à tout inventaire d’émissions de GES permet de réduire sa dépendance au carbone et d’adapter son modèle aux conséquences du changement climatique.
Réduire ses émissions de GES volontairement peut également être une façon de prendre de l’avance sur l’évolution de la législation ou sur de futures demandes de partenaires commerciaux. Enfin, s’inscrire dans une trajectoire de transition est un excellent moyen d’améliorer sa marque employeur, ainsi que son image auprès du public.
Comment construire la trajectoire bas carbone de son entreprise ou de sa collectivité ?
La construction d’une trajectoire bas carbone pour son entreprise ou sa collectivité repose sur l’analyse de ses émissions actuelles et l’utilisation d’une méthodologie reconnue.
1 – Réaliser le bilan carbone de son organisation
Faire son bilan carbone est une première étape indispensable pour construire une trajectoire de transition. En effet, pour se fixer des objectifs d’émissions de GES dans 5, 10 ou 25 ans, il est nécessaire de connaître son point de départ. La réalisation d’un bilan carbone complet, comprenant les scopes 1, 2 et 3 (émissions directes et indirectes) est donc cruciale. Pour ce faire, il est possible d’utiliser la méthode Bilan Carbone®, l’approche réglementaire Bilan GES ou encore des standards internationaux comme le GHG Protocol.
Le résultat du bilan carbone, parfois appelé « profil de GES », permet d’identifier les différentes sources d’émission de l’organisation. Le résultat global de l’exercice de comptabilité carbone, exprimé en tonnes d’équivalent CO2, sert de point de départ à la définition d’un objectif de transition précis. Les estimations de chaque poste d’émission permettent quant à elles d’identifier les différents leviers de décarbonation envisageables.
En complément d’une méthode globale, l’ADEME a publié différents guides sectoriels pour faciliter la réalisation d’un bilan carbone.
2 – Se fixer des objectifs de décarbonation grâce à des méthodologies reconnues
Une fois son profil de GES analysé, une entreprise ou une collectivité peut commencer à construire sa trajectoire bas carbone personnalisée. Il lui faut ainsi définir :
- un objectif « final » de réduction de ses émissions de GES : - 60 % en 10 ans, par exemple ;
- un rythme de réduction au cours de ces 10 ans d’efforts, avec des budgets carbone annuels.
Pour réaliser ce travail, il est possible de s’inspirer des budgets carbone sectoriels de la SNBC et des feuilles de route associées, lorsqu’elles sont disponibles. Les entreprises concernées ont également la possibilité de consulter des trajectoires sectorielles au niveau mondial, comme les scénarios de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
Cependant, si la SNBC, les scénarios du GIEC et ces autres documents sont très intéressants, ils sont souvent insuffisants pour créer une trajectoire de transition sur mesure pour son organisation. Se fixer des objectifs ambitieux et réalistes nécessite de prendre en compte les spécificités de son sous-secteur ou encore de sa chaîne d’approvisionnement.
C’est pourquoi de nombreuses organisations choisissent de créer une trajectoire bas carbone via l’initiative SBT (Science Based Targets initiative). En effet, la SBTi a mis au point de nombreux guides sectoriels et méthodologies pour définir des objectifs de décarbonation basés sur la science. Voici les deux principales approches utilisées.
La SBTi propose un total de 7 méthodologies pour les entreprises souhaitant définir une trajectoire bas carbone.
Le calcul d’une cible de décarbonation en valeur absolue
Un objectif de décarbonation en valeur absolue équivaut à une réduction des émissions de GES entre une année de référence et l’année cible.
Par exemple, une entreprise A peut s’engager à réduire l’ensemble de ses émissions de 40 % en 2030, par rapport à 2020. Cet objectif est souvent composé de sous-objectifs pour chacun des 3 scopes du bilan carbone. Les trajectoires de décarbonation visant une cible en valeur absolue bénéficient d’une forte transparence.
Cette méthode, appelée ACA (Absolute Contraction Approach) dans le cadre de la SBTi, est largement reconnue comme la meilleure pratique actuelle. Il est important de noter qu’une trajectoire de décarbonation de ce type écarte de fait toute considération de croissance. Cette particularité évite toute fausse excuse ou manipulation des chiffres et invite les secteurs les plus émetteurs à se transformer en profondeur. Mais la notion de croissance peut parfois être importante pour juger les résultats de certaines entreprises.
Par exemple, une société qui vend des vélos et dont l’activité se développe verra ses émissions de GES augmenter inéluctablement. Utiliser une cible de décarbonation en valeur absolue pourrait ainsi donner une impression d’échec. L’ACA ne prendrait pas en compte les éventuels progrès effectués sur les émissions de sa chaîne de valeur. On peut pourtant argumenter qu’une telle entreprise participe indirectement à une baisse des émissions nationales, en promouvant une alternative à la voiture.
La SBTi propose aux entreprises de certains secteurs de fixer des cibles en valeur absolue via des scénarios spécifiques à leur domaine d’activité.
Le calcul d’une cible de décarbonation en valeur relative
La seconde approche consiste à fixer une cible de réduction des émissions en valeur relative à une unité donnée. En fonction de l’activité de l’entreprise ou de l’organisation, cette métrique peut varier. Une société peut choisir de se fixer l’objectif d’atteindre X tonnes de CO2eq par mégawattheure consommé ou encore par tonne de marchandise produite.
Cette méthode, appelée SDA (Sectoral Decarbonization Approach), mesure avant tout les gains d’efficacité et de performance de l’entreprise. Il est tout à fait possible pour une société d’atteindre ses cibles en valeur relative tout en doublant ses émissions de GES suite à une forte croissance.
Une entreprise évoluant dans un secteur très émetteur peut ainsi communiquer sur des baisses d’émissions relatives, sans réellement remettre en question ses activités. Malgré ses défauts, cette méthode peut être adaptée aux sociétés qui créent des produits homogènes (ex : ciment, acier).
Dans certains cas, définir sa trajectoire grâce à la méthode SDA peut permettre à des entreprises d’un même secteur de comparer leurs résultats entre elles.
Créer un plan d’actions pour atteindre ses cibles de décarbonation
Une fois sa trajectoire bas carbone établie, il est nécessaire d’adopter une stratégie pour atteindre ses objectifs de réduction des émissions. C’est ce que propose la méthode ACT Pas à Pas, portée par l’initiative ACT (Accelerate Climate Transition). Intersectorielle, cette approche offre des outils concrets aux organisations pour créer un plan d’actions de décarbonation ambitieux et réaliste.
ACT Pas à Pas permet d’analyser différentes initiatives selon leur potentiel de réduction des émissions, leur temporalité ou encore leur coût. Au-delà des objectifs de sa trajectoire bas carbone, la méthode d’ACT s’intéresse aux co-bénéfices des actions étudiées. Utiliser cette approche est donc une bonne manière de créer un plan d’actions de décarbonation, tout en poursuivant d’autres objectifs RSE.
Il est possible d’évaluer la qualité de sa stratégie en utilisant la méthode complémentaire ACT Évaluation.
Définir sa trajectoire bas carbone avec Hellio
Vous souhaitez vous faire accompagner pour créer une trajectoire bas carbone et mettre en place un plan d’actions concret ? Les experts d’Akéa Énergies, le bureau d’études de Hellio, vous conseillent sur votre démarche de transition. Nos équipes sont formées à la formulation d’objectifs SBTi et à l’utilisation d’ACT Pas à Pas, mais aussi à la méthode Bilan Carbone®.
Hellio, c’est :
- Plus de 15 ans d'expertise sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre directes et indirectes des entreprises et collectivités ;
- Un acteur engagé, adhérent à l’ABC (Association pour la transition Bas Carbone) ;
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