Depuis 2019, le prix d’une tonne équivalent pétrole (tep) a presque doublé dans l’industrie agroalimentaire (Insee), entraînant une forte hausse des factures d’énergie. Pour les industriels et les sites agricoles, améliorer l’efficacité énergétique est alors indispensable pour rester compétitifs en réduisant leurs coûts opérationnels. Quels sont les principaux leviers ? Quelles sont les actions à prioriser et les aides à mobiliser ?
- En France, l’industrie agroalimentaire est l’une des industries les plus gourmandes en électricité. Elle reste par ailleurs largement dépendante des énergies fossiles.
- L’amélioration de l’efficacité énergétique entraîne mécaniquement une réduction des coûts opérationnels et de l’impact carbone.
- Complexité des procédés industriels et des dispositifs de financement disponibles comme les CEE, … il peut s’avérer difficile d’identifier les actions à prioriser pour améliorer l’efficacité énergétique des sites. Les experts d’Hellio accompagnent les acteurs de l’agroalimentaire dans cette démarche.
L’agroalimentaire : une industrie face à des défis énergétiques majeurs
L’industrie agroalimentaire se distingue par une forte intensité énergétique et une dépendance encore marquée aux énergies fossiles.
Une industrie parmi les plus énergivores d’Europe et de France
L’industrie agro-alimentaire fait partie des industries les plus consommatrices d’énergie à l’échelle de l’Union Européenne, aux côtés de l'industrie chimique et pétrochimique et de celle des minéraux non métalliques.
Elle figure également parmi les industries les plus électro-intensives de France, comme en témoigne le graphique ci-dessous.

Tous les établissements agro-alimentaires ne contribuent pas de la même façon à la consommation d’énergie globale du secteur. La fabrication de produits laitiers, le travail des grains et la fabrication de produits amylacés, et celle de sucre sont responsables à eux seuls 47 % de la consommation totale d’énergie des IAA selon les chiffres de l’Agreste.
Une dépendance encore forte aux énergies fossiles
Ce secteur reste par ailleurs aujourd’hui encore très dépendant du gaz naturel, qui représente encore aujourd’hui 48% de la consommation totale d’énergie des établissements des industries agro-alimentaires selon les statistiques de l’Agreste.
Pourquoi améliorer la performance énergétique de l’industrie agroalimentaire ?
Dans ce contexte, l’amélioration de l’efficacité énergétique est un enjeu à la fois économique, environnemental, réglementaire et réputationnel et d’image pour l’industrie agroalimentaire.
Efficacité énergétique : un levier clé de compétitivité
Qui dit consommation énergétique élevée dit ainsi :
- coûts opérationnels tirés à la hausse, réduisant ainsi leurs marges et donc leur compétitivité face à des concurrents ayant mis en oeuvre une stratégie robuste d’amélioration de leur performance énergétique ;
- forte exposition à la volatilité des prix de l’énergie, dans un contexte géopolitique particulièrement chahuté ;
En 2023, la facture d’énergie des industries agroalimentaires en France a connu une hausse de 38 % sur un an, en dépit d’un apaisement progressif de la crise énergétique mondiale. Elle s’est élevée à 5,8 milliards d’euros, portée par une augmentation de 68 % de leurs factures d’électricité (Agreste).
Garantir sa conformité réglementaire
Malgré l’absence d’objectifs sectoriels relatifs à l’amélioration de l’efficacité énergétique dans l’industrie agroalimentaire, les plus gros consommateurs d’énergie sont néanmoins assujettis à plusieurs contraintes réglementaires, tous secteurs confondus :
- la loi “DDADUE” 2025 introduit ainsi plusieurs obligations pour les entreprises dont la consommation d’énergie finale dépasse un certain seuil. Améliorer leur efficacité énergétique peut permettre à certaines entreprises de ne pas y être assujetties.
- le Décret tertiaire encadre également la consommation énergétique des bâtiments tertiaires d’une surface de plancher cumulée égale ou supérieure à 1 000 m2. Si les usines de production agroalimentaire ne sont pas concernées, les bâtiments tertiaires (siège, centres de recherche et développement, …) entrent, eux, dans ce périmètre.
Zoom sur les obligations de la loi DDADUE 2025 pour les gros consommateurs d’énergie, sauf exceptions :
- Les entreprises dont la consommation d’énergie annuelle moyenne est supérieure à 2,75 GWh et qui n’ont pas mis en place de Système de Management de l'Énergie certifié ISO 50001 sont tenues de réaliser un audit énergétique tous les 4 ans ;
- Les entreprises qui consomment plus de 23,6 GWh par an sont contraintes de mettre en place un Système de Management de l'Énergie (SMEn) certifié ISO 50001.
Contribuer à l’atteinte des objectifs européens de réduction de la consommation d’énergie
L’optimisation de la consommation d’énergie entraîne une baisse des émissions de gaz à effet de serre. En améliorant leur efficacité énergétique, les entreprises agroalimentaires participent alors directement à l’effort national et européen de décarbonation et de sobriété énergétique.
La Directive européenne sur l’efficacité énergétique de 2023 pose un objectif de réduction de la consommation d’énergie de 11,7 % d’ici 2030 par rapport au scénario de référence de 2020.
Répondre aux attentes des parties prenantes en matière de décarbonation
La performance énergétique est aujourd’hui un critère de plus en plus valorisé par les clients, partenaires et investisseurs. Engager des actions de réduction de l’empreinte carbone témoigne d’un engagement concret en faveur du développement durable et peuvent représenter un véritable avantage concurrentiel.
Renforcer la souveraineté alimentaire française
En améliorant la gestion énergétique sur leurs sites, les industriels sécurisent la continuité de production en renforçant leur résilience en cas de crise énergétique.
Quels sont les leviers de réduction de la consommation d’énergie de l’industrie agroalimentaire ?
Les industriels agroalimentaires disposent de plusieurs leviers pour optimiser la consommation de leurs sites.
Déployer un système de monitoring énergétique
Première étape incontournable : mieux mesurer et suivre la consommation énergétique.
Le déploiement d’outils de monitoring énergétique permet ainsi :
-
de visualiser la consommation d’énergie grâce à un recueil en temps réel des données de consommation.
-
de détecter les équipements et processus les plus énergivores ;
-
d’identifier des gisements d’économies d’énergie grâce à un suivi fin d’indicateurs clés.
Le groupe Jacquet Brossard a posé comme objectif d’obtenir la certification ISO 50001 à horizon 2030 pour ses deux sites de production les plus consommateurs d’énergie. L”objectif : “réduire ses consommations énergétiques et dépenses tout en décarbonant ses activités” (Jacquet Brossard)
Optimiser la consommation des processus industriels et des bâtiments
Deuxième étape : mettre en œuvre des actions d’optimisation de la consommation énergétique.
Ces mesures peuvent concerner :
- l’utilisation d’équipements plus performants énergétiquement, comme les chaudières, les chambres froides ou les cuiseurs. Roquette a par exemple amélioré l’efficacité de ses évaporateurs en Chine et mis en place des refroidisseurs efficaces sur certains sites afin d’atteindre son objectif de réduction de 30% de la consommation énergétique spécifique d’ici 2030.
- la réduction de la consommation énergétique des processus industriels. Parmi les meilleures pratiques, on peut notamment citer la mise en place de dispositifs de récupération de chaleur industrielle (sur les groupes froids par exemple), comme le souligne l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.
- l’amélioration de la performance des bâtiments, qu’il s’agisse des bâtiments industriels ou des bâtiments tertiaires grâce à la réalisation de travaux d’isolation.
- une sensibilisation à des usages moins énergivores, comme un réglage adapté de la température de consigne des équipements.
Selon une étude de l’ADEME, en Pays de la Loire, 800 GWh/an d’énergie thermique sont récupérables grâce à la mise en place de technologies de récupération de chaleur fatale dans 25 sites de l’industrie laitière.
Produire de l’énergie renouvelable directement sur site
Les industriels agro-alimentaires peuvent également se tourner vers l’autoconsommation, par exemple grâce à :
- la production d’énergie solaire sur leurs sites grâce à des dispositifs comme les ombrières photovoltaïques ;
- la mise en place d’unités de méthanisation afin de produire de la chaleur renouvelable grâce à des déchets organiques.
Quelles aides pour améliorer l’efficacité énergétique dans l’industrie agroalimentaire ?
La mise en œuvre de ces actions peut nécessiter des investissements importants. Plusieurs dispositifs de financement comme les Certificats d’Economie d’Énergie peuvent toutefois être mobilisés par les industriels de l’agroalimentaire.
Quelles sont les fiches CEE mobilisables dans l’industrie agroalimentaire ?
Les Certificats d’Économies d’Énergie permettent de financer partiellement la réalisation de travaux d’amélioration de l’efficacité énergétique.
Plusieurs fiches d’opérations standardisées concernent directement le secteur agroalimentaire. Parmi elles :
- IND-UT-138 : conversion de chaleur fatale en électricité ou en air comprimé
- IND-UT-103 : récupération de chaleur sur compresseurs
- IND-UT-113 : système de condensation frigorifique à haute efficacité
- IND-UT-137 : mise en place d’un système de pompe à chaleur (PAC) à compression de vapeur entraînée par un moteur électrique
- IND-UT-139 : mise en place d’un système fixe de stockage de chaleur fatale
- IND-UT-141 : mise en place d’une chaudière industrielle électrique
Quelles sont les autres aides pour décarboner le secteur agroalimentaire ?
D’autres aides portées par des acteurs publics accompagnent la transition écologique du secteur agroalimentaire. Parmi elles :
- le Fonds Chaleur de l’ADEME, qui peut apporter des subventions au déploiement de technologies de récupération de la chaleur fatale industrielle afin de décarboner l’industrie agroalimentaire.
- des aides régionales. La Région Nouvelle Aquitaine accompagne par exemple la transformation des produits de la pêche et de l’aquaculture.
Les experts d’Hellio peuvent vous accompagner dans l’identification de leviers pour augmenter l’efficacité énergétique de votre site et réduire son impact environnemental. Ils vous aident également dans la mobilisation des financements auxquels vous êtes éligible.