En 2022, le gaz et le fioul représentaient encore près des deux tiers de l'énergie utilisée pour le chauffage des bâtiments tertiaires1. Un chiffre qui contraste avec l'ambition affichée par les entreprises et les collectivités en matière de transition énergétique, et qui s'explique souvent moins par un manque de volonté que par un manque de visibilité.
Quelles solutions de chauffage décarboné existent pour les entreprises ? Quels coûts anticiper, une fois les dispositifs d'aide déduits ? Cet article vise à apporter des réponses concrètes pour les entreprises tertiaires qui souhaitent s’engager dans ce type de projet.
• L’État français a fixé des objectifs ambitieux pour la décarbonation des systèmes de chauffage dans les bâtiments tertiaires et résidentiels d’ici 2030.
• Des solutions décarbonées existent et sont adaptées à tous les types de bâtiments : pompes à chaleur, réseaux de chaleur, biomasse...
• Des dispositifs de financement (CEE, Coup de pouce Chauffage, Fonds Chaleur) permettent de réduire significativement le reste à charge pour les entreprises.
Le chauffage dans le tertiaire, un enjeu stratégique et réglementaire
La guerre en Ukraine puis les tensions au Moyen-Orient ont mis brutalement en lumière la vulnérabilité des entreprises et des collectivités face à leur dépendance aux énergies fossiles. En quelques mois, les prix du gaz et du fioul se sont envolés, faisant du poste énergie un sujet stratégique pour les directions financières et techniques.
En réalité, ce constat est structurel et touche une part importante du secteur tertiaire. En 2022, les énergies fossiles représentaient encore près de 66 % de l'énergie de chauffage utilisée par les bâtiments tertiaires1. Aujourd'hui encore une grande part des bureaux, établissements scolaires, hôpitaux et bâtiments publics utilisent encore du gaz ou du fioul comme source de chaleur.
D’après l’association Amorce, la chaleur représente 42 % de la consommation d'énergie de la France, et elle est majoritairement produite à partir d'énergies fossiles et importées.
Pour sortir de cette dépendance, l’État français a fixé un cadre ambitieux. La Programmation Pluriannuelle de l'Énergie (PPE 3) prévoit notamment la sortie complète du fioul d'ici 2030 et la suppression progressive des incitations financières aux chaudières fossiles pour le secteur tertiaire.
En parallèle, le plan d'électrification des usages présenté en avril 2026, prévoit d’électrifier massivement les modes de chauffage, via notamment l’installation d’un million de pompes à chaleur par an d'ici 2030.
Côté réglementaire, les décrets BACS et tertiaire imposent respectivement des obligations de moyens et de résultats pour réduire les consommations énergétiques de certains bâtiments tertiaires (ce qui passe généralement par la modernisation du système de chauffage existant).
Les systèmes de chauffage conventionnels
Longtemps, les systèmes de chauffage au gaz naturel et au fioul ont dominé les bâtiments tertiaires en raison de leur facilité d'installation et d'un coût de l'énergie relativement maîtrisé.
Toutefois, ces systèmes présentent aujourd'hui des inconvénients majeurs dans un contexte de transition énergétique. Ils représentent en effet :
- Une forte empreinte carbone : pour une consommation de chauffage équivalente, une chaudière gaz émet 35 % de gaz à effet de serre de plus qu'un chauffage électrique classique et 4,5 fois plus qu'une pompe à chaleur (source : Carbone4).
- Une exposition à la volatilité des prix : le coût des énergies fossiles est fortement instable et évolue en fonction de facteurs géopolitiques que les entreprises ne maîtrisent pas.
- Une incompatibilité croissante avec la réglementation : les objectifs de décarbonation nationaux et européens ont pour objectif de s’affranchir de ces modes de chauffage dans les années à venir.
De plus en plus, ces énergies sont donc délaissées pour privilégier des solutions décarbonées.
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Type de chauffage |
Facteur d’émission CO2e (g/kWh)* |
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Chauffage au fioul |
~ 324 g CO2e/kWh de chaleur utile |
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Chauffage au gaz naturel |
~ 227 g CO2e/kWh |
* Émissions de gaz à effet de serre associées aux systèmes de chauffage conventionnels (source : notre-environnement.gouv.fr)
Les systèmes de chauffage décarbonés pour les entreprises et les bâtiments publics
Heureusement, il existe aujourd’hui des alternatives performantes aux chaudières gaz et fioul. Parmi elles, plusieurs solutions sont adaptées aux bâtiments tertiaires. Ces dernières sont présentées ci-après.
Précisons tout de même que le choix de la solution dépend de plusieurs facteurs, dont le profil du bâtiment (surface, localisation, système existant) et les besoins des utilisateurs. Il est donc conseillé de faire appel à un bureau d’études spécialisé afin de choisir la solution la plus adaptée.
Pompe à chaleur
La pompe à chaleur (PAC) s'impose aujourd'hui comme un des leviers les plus efficaces pour décarboner le chauffage des bâtiments tertiaires et résidentiels. Elle se distingue des systèmes de chauffage conventionnels par son rendement élevé. En effet, selon la technologie utilisée, une PAC peut produire 3 à 5 fois plus d’énergie de chauffage qu’elle ne consomme d'électricité (ce chiffre est de 1 pour un radiateur électrique classique).
Il existe deux grands types de pompes à chaleur :
- Les PAC aérothermiques qui puisent leurs calories dans l'air extérieur (PAC air/air ou air/eau). La PAC air/eau est la plus polyvalente : elle peut alimenter des planchers chauffants, des radiateurs, ou encore produire de l'eau chaude sanitaire (ECS). Elle est particulièrement adaptée en remplacement d'une chaudière dans le cadre du chauffage de bureaux ou de locaux professionnels de taille intermédiaire.
- Les PAC géothermiques (et le système géothermique associé), qui exploitent la chaleur du sous-sol ou des nappes phréatiques (PAC eau/eau ou eau glycolée/eau). La ressource géothermique présente une température stable tout au long de l'année, ce qui garantit des performances constantes et des coefficients de performance parmi les plus élevés du marché. Cette solution est particulièrement recommandée pour les grands bâtiments tertiaires : chauffage d'école, d'hôpital ou de bâtiments publics. Elle a également l’avantage de pouvoir se transformer en système de rafraichissement en période estivale.

Les pompes à chaleur présentent tout de même quelques contraintes, notamment le niveau sonore pour la PAC air/air. Pour la PAC air/eau, une adaptation de l’installation hydraulique existante est parfois nécessaire pour passer d’un réseau haute température à un réseau basse température. Enfin, l'installation d'un système géothermique nécessite également des analyses approfondies et le recours à une entreprise spécialisée en pompes à chaleur géothermiques.
L’installation d’une PAC dans un bâtiment tertiaire peut représenter un investissement extrêmement variable selon la puissance, le coût d’adaptation du réseau hydraulique, les travaux annexes, la régulation, les contraintes d'installation et le dimensionnement... À noter que les PAC géothermiques sont plus coûteuses mais bénéficient d'aides financières plus importantes.
Pour plus d’informations sur ce mode de chauffage, consultez le comparatif des types de pompes à chaleur pour les entreprises et les collectivités, réalisé par notre bureau d’études Akéa Énergies.
Raccordement à un réseau de chaleur urbain
Les réseaux de chaleur urbains (RCU) sont des solutions particulièrement intéressantes pour les bâtiments tertiaires. Ce système centralisé à l'échelle d'un quartier ou d'une ville distribue de l'eau chaude via des canalisations enterrées.
Un RCU peut ainsi alimenter des logements, des bâtiments tertiaires publics ou privés, des sites industriels ou encore des bâtiments agricoles. Cette mutualisation permet de faire appel à des énergies souvent difficiles à exploiter au niveau individuel, comme la géothermie profonde ou la récupération de chaleur fatale industrielle. On parle alors d’énergies renouvelables et de récupération (EnR&R).

Pour les bâtiments situés à proximité d’un réseau de chaleur, le raccordement est souvent la solution la plus simple à mettre en œuvre : pas d'équipement de production à gérer, une maintenance simplifiée, et une facture énergétique particulièrement avantageuse.
Le principal frein reste toutefois géographique. Le raccordement n'est possible qu'à proximité d'un réseau existant, ce qui concerne un nombre limité de bâtiments. Par ailleurs, l’empreinte carbone du réseau dépend entièrement du mix énergétique de la chaufferie centrale. Un réseau encore majoritairement alimenté au gaz offrira donc peu d'avantages environnementaux par rapport à une chaudière gaz classique.
Le coût de raccordement varie fortement selon la proximité du réseau et la puissance souscrite. Le site France Chaleur Urbaine permet d'identifier les réseaux disponibles et d'estimer la faisabilité du projet.
Le Coup de pouce Chauffage tertiaire est particulièrement avantageux pour le raccordement à un réseau de chaleur vertueux. Lorsque cela est techniquement et économiquement réalisable, c'est la solution prioritairement encouragée par le dispositif (détaillé plus bas).
Chaudière biomasse
Une chaudière biomasse brûle de la matière organique (granulés, pellets, plaquettes de bois, déchets végétaux) pour produire de la chaleur. Elle peut se substituer directement à une chaudière gaz ou fioul sur un réseau hydraulique existant, ce qui en fait une solution de transition particulièrement adaptée aux sites éloignés des réseaux de chaleur ainsi qu’aux grands consommateurs comme les bâtiments publics avec une forte demande thermique (exemple : établissements hospitaliers).

Son bilan carbone est favorable à condition que le bois provienne de forêts gérées durablement. Elle émet en revanche des particules fines, néanmoins des équipements récents et bien entretenus limitent significativement cet impact.
Par ailleurs, elle nécessite un espace de stockage conséquent pour les granulés ou les plaquettes (silo, local dédié), ce qui rend cette solution peu propice aux bâtiments situés en milieu urbain.
Tableau comparatif des solutions de chauffage en entreprise
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Type de chauffage |
Émissions (équivalent CO₂) |
COP / Rendement |
Points forts |
Limites et contraintes |
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Chaudière fioul |
~ 324 g CO2e/kWh* |
Rendement |
/ |
Très polluant, sortie progressive pour les bâtiments tertiaires d'ici 2030, forte variation des prix |
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Chaudière gaz |
~ 227 g CO2e/kWh* |
Rendement |
/ |
Dépendance aux énergies fossiles, réglementation défavorable, forte variation des prix |
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PAC air/eau |
~ 20 - 26 g CO2e/kWh** |
COP |
Polyvalente, installation facilitée, possibilité de rafraîchir en été |
Performances réduites par grand froid |
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PAC eau/eau |
~ 13 - 20 g CO2e/kWh** |
COP |
Performances stables, géocooling possible en été (rafraîchissement passif) |
Études préalables obligatoires, forages coûteux, dépend de la ressource |
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Réseau de chaleur |
Variable |
Variable |
Simple à exploiter, stabilité des prix sur le long terme |
Nécessite un réseau de chaleur à proximité, coût des travaux de raccordement |
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Chaudière biomasse |
~ 30 g CO2e/kWh* |
Rendement |
Substitution directe d’une chaudière fossile, propice aux milieux ruraux |
Stockage combustible, émission de particules fines |
* Source : www.notre-environnement.gouv.fr
** Valeurs calculées sur la base du facteur d'émission de l'électricité pour le chauffage retenu par l'ADEME dans le cadre de la RE2020 (79 g CO₂/kWh).
*** Un COP de 3 signifie que 1 kWh d'électricité consommée génère 3 kWh de chaleur utile.
Passer à un chauffage décarboné constitue une bonne première étape mais ne suffit généralement pas à réduire considérablement les émissions d’une structure. Typiquement, une isolation insuffisante ou un système de ventilation vieillissant annulent une grande partie des bénéfices d'un équipement performant. La rénovation globale est donc la seule approche qui garantit des économies durables et l’atteinte des objectifs du décret tertiaire.
Les aides financières pour changer de chauffage en entreprise ?
La transition vers un système de chauffage décarboné peut représenter un investissement conséquent pour une entreprise. Heureusement, plusieurs dispositifs d’aides à la décarbonation permettent de prendre en charge une partie significative du coût.
Les CEE et le Coup de Pouce Chauffage
Les Certificats d'Économies d'Énergie (CEE) permettent de financer des actions d’efficacité énergétique, dont fait partie le changement d’un système de chauffage. Sont éligibles les bâtiments tertiaires, industriels, agricoles et résidentiels, sous réserve de répondre aux critères techniques et financiers exigés par la fiche CEE correspondante.
Depuis 2020, le Coup de pouce Chauffage des bâtiments tertiaire et résidentiels collectifs permet de bonifier certaines primes CEE dans le cas du remplacement d'un chauffage à énergie fossile par une solution décarbonée. Ce dispositif cible en priorité le raccordement à un réseau de chaleur vertueux, mais propose également des bonifications intéressantes pour l'installation d'une PAC aérothermique air/eau ou géothermique (lorsque le raccordement à un réseau de chaleur n'est techniquement ou économiquement pas réalisable).
Pour plus d’information sur la prime Coup de Pouce et les conditions d’éligibilité, rendez-vous sur notre article Coup de pouce Chauffage des bâtiments résidentiels collectifs et tertiaires.
Le Fonds Chaleur de l'ADEME
Géré par l'ADEME, le Fonds Chaleur propose des aides à la transition vers des systèmes de production de chaleur renouvelable (récupération de chaleur fatale, géothermie, biomasse…).
Dans ce cadre, les entreprises peuvent soumettre une demande de financement pour le changement de leur système de chauffage. Le montant de cette aide peut couvrir entre 30 % et 60 % des coûts éligibles selon l'énergie choisie.
Les aides régionales et autres dispositifs
De nombreuses aides complémentaires existent selon les territoires : subventions régionales, aides de BPIFrance (notamment le Diag Perf’Immo), fonds européens, etc. Ces dispositifs se cumulent généralement avec les CEE et le Fonds Chaleur, dans le respect des plafonds d'aide réglementaires.
Comment Hellio peut vous aider dans vos projets énergétiques
Changer de système de chauffage dans un bâtiment tertiaire représente un projet complexe, qui mobilise à la fois des compétences techniques, réglementaires et financières. Hellio peut vous accompagner sur ces 3 volets, selon vos besoins et votre situation :
- Nos équipes identifient les financements disponibles pour votre projet et montent les dossiers de demande d'aide pour maximiser votre taux de couverture ;
- Sur le volet technique, notre bureau d’études Akéa Énergie vous conseille à chaque étape du projet : choix de la meilleure technologie, dimensionnement du système, consultation des entreprises, suivi et réception des travaux, accompagnement post-chantier ;
- Nos experts vous assistent dans votre mise en conformité réglementaire (décret tertiaire, décret BACS, loi DDADUE…).
Plus largement, Hellio vous accompagne dans la rénovation globale de votre patrimoine bâti, de manière à réduire significativement vos consommations sur le long terme.