Ici l’énergie : la filière Cognac poursuit ses engagements de décarbonation

Justin Raffaello
Mis à jour le 23 févr. 2026
5 minutes

Entre changement climatique, crise agricole, tensions économiques et dépendance à l’export, la filière Cognac traverse aujourd’hui une période de forte tension.

2025 constitue une année de tristes records : les expéditions sont retombées à 141 millions de bouteilles, un niveau comparable à celui du milieu des années 2000, effaçant près de vingt ans de progression. En valeur, le chiffre d’affaires a chuté de plus de 25 %, conséquence directe d’un enchaînement de crises commerciales, géopolitiques et économiques.

Ultra-exportatrice, avec près de 98 % du cognac consommé à l’étranger, la filière est particulièrement exposée aux aléas géopolitiques. En Chine, premier marché en valeur, les restrictions commerciales et l’enquête antidumping sur les brandies européens ont durablement fragilisé les ventes. Aux États-Unis, les droits de douane réintroduits sous l’administration Trump, combinés à un dollar défavorable et à un marché en repli, ont fortement pesé sur l’équilibre économique des maisons de cognac.

Cette crise n’épargne aucun maillon de la chaîne de valeur. Négociants, distillateurs, transporteurs et désormais viticulteurs doivent s’adapter à un environnement incertain, marqué par la baisse des rendements, des plans d’arrachage et une pression économique accrue. Pour l’interprofession, l’enjeu est désormais autant économique qu’humain : préserver l’outil de production, accompagner les acteurs et maintenir la cohésion territoriale.

Dans ce contexte, le cap reste néanmoins clairement identifié. Pour Florent Morillon, Président du Bureau National Interprofessionnel du Cognac, c’est très clair : pas de décarbonation, pas d’avenir”.

La décarbonation, un chantier de fond pour la filière Cognac 

En dépit des difficultés structurelles et conjoncturelles qu’elle traverse, la filière Cognac poursuit ses efforts de décarbonation. Engagée de longue date, cette démarche s’inscrit dans un temps long et progresse de manière pragmatique, en tenant compte des contraintes économiques et géopolitiques actuelles.

La transition énergétique ne constitue pas une réponse immédiate à la crise. Elle implique des investissements conséquents, parfois complexes à rentabiliser à court terme pour la filière, mais demeure un chantier de fond que les acteurs de la filière poursuivent en dépit des différentes crises. Dans ce contexte, les actions engagées privilégient des solutions opérationnelles adaptées aux contraintes du terrain.

En effet, la filière Cognac fait face à des enjeux énergétiques majeurs : distillation très consommatrice d’énergie, packaging fortement émetteur, logistique internationale complexe. Claire Ronsin, responsable marketing et communication de la Maison Bache-Gabrielsen, rappelle d’ailleurs que “les deux gros pôles les plus énergivores sont le packaging et le transport”.

Pourtant, sur le territoire, de nombreuses initiatives montrent qu’il est possible d’agir concrètement. Distillation bas-carbone, électrification des usages, biomasse issue des sarments, allègement des bouteilles, augmentation du verre recyclé, optimisation des flux logistiques, valorisation des coproduits issus de la filière : la transition est déjà à l’œuvre, pas à pas.

À l’échelle locale, ces démarches s’inscrivent dans une dynamique collective portée notamment par le Plan Climat Air Énergie Territorial (PCAET) du Grand Cognac, avec des objectifs ambitieux de réduction des émissions et de sobriété énergétique. En complément, Jérôme Sourisseau, Président de Grand Cognac et du Conseil départemental de la Charente, souligne que la filière est liée par “(...) un contrat d’objectif territorial avec l’ADEME qui (...) donne des objectifs chiffrés de diminution sur l’ensemble du territoire”. Une transition pensée au plus près des réalités économiques, en lien étroit avec les entreprises, les collectivités et les acteurs de l’énergie.

Ici l’énergie : mettre en lumière les engagements des territoires

C’est cette transition concrète, locale et collective que Hellio a souhaité mettre en lumière à travers le premier épisode de son émission Ici l’énergie, une nouvelle série coproduite avec Radio Territoria. Un choix assumé, puisque “ La filière Cognac a choisi de voir dans la transition écologique et énergétique non pas uniquement une contrainte mais un levier”, souligne Augustin Bouet-Mouttet, Vice-président du groupe Hellio, chargé du secteur public et des entreprises.

Pour ce premier reportage, cap sur la Charente, donc. Au fil des échanges et des témoignages, élus, dirigeants d’entreprises et représentants de la filière partagent leurs constats, leurs enjeux et contraintes, mais aussi leurs leviers d’action pour concilier héritage, compétitivité et performance énergétique.

Aux côtés de Pierre-Marie Perrin, directeur des affaires publiques et de la communication du groupe Hellio, et de Grégoire Darricau, animateur chez Radio Territoria, plusieurs acteurs clés de la filière et du territoire prennent la parole :

  • Florent Morillon, Président du Bureau National Interprofessionnel du Cognac
  • Jean-Sébastien Robicquet, Fondateur de la Maison Villevert et Président de Spirits Valley
  • Jérôme Sourisseau, Président de Grand Cognac et du Conseil départemental de la Charente
  • Hervé Bache-Gabrielsen, Président du directoire de la Maison Bache-Gabrielsen
  • Claire Ronsin, Responsable marketing et communication de la Maison Bache-Gabrielsen
  • Nicolas Pouillaude, Directeur de REVICO
  • Aude Drounau, Présidente du Syndicat des bouilleurs de profession
  • Éléonore Rousseau, Présidente des Transports Rousseau
  • Augustin Bouet-Mouttet, Vice-président du groupe Hellio, en charge du secteur public et des entreprises

Tous insistent sur la nécessité de faire front collectivement, convaincus que "tous ces corps de métier et ces savoir-faire issus du territoire doivent travailler ensemble pour élever le niveau", comme le souligne Jean-Sébastien Robicquet, Fondateur de la Maison Villevert et Président de Spirits Valley.

Leurs témoignages illustrent une conviction partagée : la transition énergétique ne se décrète pas. Elle s’accompagne, se structure et se finance, en tenant compte des contraintes spécifiques de chaque activité.

Et comme l’affirme Aude Drounau, Présidente du Syndicat des bouilleurs de profession "(...) tout le monde n’est pas encore totalement engagé dans la transition pour des questions financières, mais c’est un enjeu de demain qu’on ne pourra pas ignorer”.  

Faire de la transition un projet collectif

L’exemple de la filière Cognac rappelle que la transition énergétique des entreprises se joue avant tout à l’échelle des territoires. Lorsqu’elle repose sur l’intelligence collective, le dialogue entre filières, collectivités et partenaires de l’énergie, elle devient un facteur de robustesse face aux crises, mais aussi un moteur d’innovation et de projection à long terme.

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