Après deux ans et demi d’atermoiements, la 3e Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) a été publiée vendredi 13 février 2026 au Journal Officiel de la République française, faisant suite à une consultation publique menée début 2025, marquée par les travaux parlementaires sur la proposition de loi portant programmation nationale pour l’énergie et le climat, dite “Gremillet”.
Fort de près de 4 années de travail et d’intenses consultations entre différents acteurs, experts, parlementaires et professionnels, le décret n°2026-76 du 12 février 2026 relatif à la Programmation Pluriannuelle de l'énergie (PPE) est le fruit d’un travail qui aura mobilisé plus de 60 000 participants.
Deux mois plus tard, le 23 avril 2026, le plan d’électrification des usages paraît à son tour. Comportant 22 mesures phares, ce document présente les grands objectifs à venir pour augmenter significativement la part d’électricité dans le mix énergétique français. L’objectif : sortir de la dépendance aux énergies fossiles, qui représentaient encore 58 % de la consommation finale du pays en 2024.
La PPE, la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) et le Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC) sont les documents de planification constitutifs de la Stratégie Française pour l’Énergie et le Climat (SFEC).
Ils visent à doter la France des outils nécessaires pour atteindre l’objectif de neutralité carbone fixé pour 2050 par l’Union européenne. Plus précisément, la PPE fixe les priorités d’actions pour la politique énergétique nationale avec des objectifs concrets pour la consommation et la production d’énergie sur 10 ans (2025-2035).
Les grandes orientations de cette troisième Programmation Pluriannuelle de l’Énergie
Ce texte fondateur de la politique énergétique nationale s'articule autour de cinq grandes priorités :
- Sécuriser l'approvisionnement et orienter le mix énergétique des années à venir, en réduisant la dépendance aux énergies fossiles ;
- Améliorer l'efficacité énergétique et diminuer la consommation d'énergie primaire et finale ;
- Développer les énergies renouvelables et de récupération ;
- Développer les réseaux de transport et de distribution ainsi que les capacités de stockage pour répondre à la demande en énergie du pays ;
- Assurer des prix compétitifs et abordables, en garantissant l'accès à une énergie décarbonée, stable et accessible à tous.
Zoom sur les deux grandes lignes directrices de ce texte.
Consommer moins d’énergie mais plus d’électricité décarbonée
Aujourd'hui, environ 60 % de la consommation d’énergie finale du pays est carbonée, et pour l'essentiel importée hors de l'Union Européenne. L’enjeu de la PPE est donc double : décarboner la production tout en renforçant la souveraineté énergétique de la France.
Concrètement, la PPE 3 fixe pour objectif de consommer 60 % d’énergie décarbonée d'ici 2030, et 70 % d’ici 2035 (contre 42 % en 2023).

Source : economie.gouv.fr
Pour ce faire, la stratégie vise à consommer globalement moins d'énergie, tout en augmentant la part d'électricité décarbonée dans le mix énergétique. Et cela en combinant deux leviers de production complémentaires :
- D'un côté, la relance du nucléaire, avec la construction de six nouveaux réacteurs EPR2 (et huit supplémentaires en option), ainsi que la prolongation des réacteurs existants au-delà de 60 ans lorsque la sûreté le permet, et une production visée de 380 TWh/an dès 2030.
- De l'autre, un développement des énergies renouvelables, avec notamment un objectif de 55 à 80 GW de capacité photovoltaïque en 2035, ainsi que des ambitions fortes en matière de chaleur renouvelable et de récupération (328 à 421 TWh, en 2035).
Réduire les consommations énergétiques
La seconde ambition portée par la PPE 3 est axée sur la sobriété des usages. L’objectif : réduire significativement les consommations énergétiques de la France dans les années à venir.
Loin de se limiter à des déclarations d'intention, le texte fixe des trajectoires concrètes et chiffrées dans chacun des secteurs consommateurs d'énergie :
- Le secteur résidentiel, avec la rénovation d’ampleur de 250 000 maisons individuelles et logements collectifs par an et le développement massif des systèmes de chauffage décarbonés avec notamment le recours aux pompes à chaleur ;
- Le secteur tertiaire, avec la sortie complète du fioul d’ici 2030 et la suppression progressive des incitations financières aux chaudières fossiles ;
- Le secteur des transports, avec l'accélération de l'électrification des véhicules thermiques et le soutien à l'acquisition via le renforcement des bonifications CEE pour les particuliers ;
- Le secteur industriel, avec le renforcement des incitations à l'amélioration de l'efficacité énergétique ;
- Le secteur agricole, avec la facilitation de la rénovation thermique et de la construction de bâtiments économes en énergie, ainsi que la favorisation de technologies comme la géothermie ou la récupération de chaleur fatale.
Que contient le plan d’électrification des usages ?
La PPE 3 s'intéresse non seulement au mix énergétique produit, mais également à la façon dont l'énergie est consommée. C'est là sa véritable innovation : planifier les usages autant que la production.
Entre en scène le plan d’électrification des usages, publié le 23 avril 2026. Catalysé par l’augmentation subite du prix du pétrole dûe à la guerre au Moyen-Orient, ce plan d’électrification prévoit 22 mesures pour électrifier la France et sortir de la dépendance aux importations de pétrole et de gaz.
Le rôle prioritaire des pompes à chaleur
Dans ce cadre, les pompes à chaleur (PAC) occupent une place centrale. Le plan d’électrification réaffirme leur rôle de levier prioritaire pour décarboner le chauffage des bâtiments résidentiels et tertiaires. L'objectif national est ambitieux : installer 1 million de PAC par an d'ici 2030.
Pour atteindre cet objectif, le gouvernement prévoit d'interdire toute installation au gaz dans les bâtiments neufs. Cette nouvelle réglementation devrait entrer en vigueur au 1er janvier 2027. Est prévue également l'émergence d’une offre « clé en main » à destination des ménages modestes souhaitant installer une pompe à chaleur dans leur logement.
La filière se mobilise en conséquence : l'Association Française pour les Pompes à Chaleur (Afpac) a dévoilé un plan d'action structuré autour de plusieurs axes, avec notamment la création d’un centre d'expertise “Cepac” et le lancement d’une campagne nationale d'information à destination des ménages chauffés au fioul ou au gaz.
D’après l’ADEME, les pompes à chaleur air/eau bien réglées et bien installées sont 3 à 4 fois plus efficaces qu'une chaudière ou un radiateur électrique, quels que soient le niveau d'isolation et la localisation.
Montée en puissance des réseaux de chaleur et de la géothermie
Complémentaires aux pompes à chaleur, les réseaux de chaleur urbains (RCU) constituent une solution technique particulièrement intéressante pour atteindre les objectifs fixés d’énergie décarbonée. Ils interviennent comme une solution complémentaire au plan d'électrification.
Leur principe repose sur la valorisation de ressources énergétiques locales (chaleur industrielle fatale, incinération des déchets, géothermie), pour alimenter collectivement des bâtiments résidentiels, tertiaires, ou industriels, via un réseau de canalisations.
La PPE n°3 entend multiplier par 2 à 3 l'énergie fournie par les réseaux de chaleur d'ici 2035, avec une part d'énergies renouvelables et de récupération atteignant 80 %.
Électrification des transports et de l’industrie
Si le bâtiment concentre une grande part de l'attention médiatique, les transports et l'industrie sont également des priorités fortes du plan d'électrification.
Dans les transports, le mouvement est déjà engagé mais doit s'accélérer considérablement. L'objectif affiché est que 2 voitures neuves sur 3 soient électriques en 2030. Pour ce faire, le plan prévoit de renforcer l’offre de location sociale (« leasing ») à destination des ménages modestes, et de créer une aide à l’achat d’un véhicule électrique pour les « gros rouleurs » (parcourant plus de 200 km par jour).
Au-delà des véhicules particuliers, le gouvernement entend également électrifier le parc de véhicules professionnels, en renforçant le soutien à l’achat de véhicules utilitaires légers et de poids lourds électriques (plus de 100 000 € pour les tracteurs routiers).
Du côté de l'industrie, l'enjeu est de substituer les procédés thermiques alimentés aux énergies fossiles par des équivalents électriques (fours électriques, pompes à chaleur industrielles, chaudières électriques…). En ce sens, le plan prévoit de renforcer les aides aux pompes à chaleur, aux chaudières électriques et aux compresseurs mécaniques de vapeur. L'Appel d'Offres pour les Grands Projets Industriels de Décarbonation (AO GPID) et le dispositif DECARB-IND seront également relancés pour décarboner les sites les plus émetteurs.
Deux mesures permettent aussi de soutenir l’électrification des artisans via des appels à projets dédiés.
Décarboner l’agriculture et la pêche
Deux secteurs sont particulièrement mis en lumière par le plan d'électrification des usages. Il s’agit de l'agriculture et de la pêche, dont la dépendance aux hydrocarbures représente une menace directe sur leur viabilité économique.
Le document prévoit 3 mesures spécifiques pour ces secteurs :
- Un soutien à l’achat d’engins agricoles électriques ;
- Un financement pour l'installation de pompes à chaleur dans les serres maraîchères et horticoles ;
- Un soutien à l'électrification des navires de pêche, lorsque cela est possible.
Ces trois mesures seront financées notamment par le dispositif des CEE, via la révision et la création de nouvelles fiches dédiées.
Une pérennisation du dispositif des CEE, pierre angulaire des objectifs de réduction des consommations énergétiques
Dans la dynamique de la publication de la 3ᵉ PPE, l’année 2026 marque également l’ouverture de la 6ᵉ période du dispositif des CEE, avec un niveau d’obligation réhaussé à 1 050 TWh cumac par an, soit une augmentation de 27 % par rapport à l’année 2025.
Cela confirme la volonté du Gouvernement d'amplifier les efforts en la matière, d’autant que la P6 s’accompagne d’une projection de 7ᵉ période, avec un niveau d’obligation annuelle d’économies d’énergie compris entre 825 et 2250 TWhc par an, entre 2031 et 2035 et même d'une 8e période annoncée dans 2 ans.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a confié à la ministre déléguée à l'Énergie, Maud Brégeon, une mission de 2 mois visant à réorienter le dispositif des CEE pour accélérer l’électrification. Les conclusions de cette mission sont attendues au printemps 2026, en cohérence avec le plan national d'électrification des usages.
Déterminante, la PPE est stratégique pour la filière des CEE car elle permet de planifier les objectifs d'économies d'énergie, d'électrification et de décarbonation jusqu'en 2035 et place le dispositif des CEE en tant qu'outil le plus adapté pour répondre à ces objectifs.